Chrystel Ongenda :"J'ai trois grands sujets pour moi sur cette année 2026"

Qui aurait pensé que l'histoire d'une ancienne joueuse professionnelle de basket au début des années 2000, l'amènerait de l'autre côté du terrain quinze ans plus tard. Chrystel Ongenda présente l'un des rares portraits qui existe dans le basket-ball français.
Joueuse hier, elle vit du coaching aujourd'hui. Actuelle assistante au BCO Orchies, depuis 2023, l'ancienne licenciée Perpignan vient de réaliser un de ses objectifs : devenir sélectionneur d'une équipe nationale.
La Nationale 1 Masculine demeure un milieu professionnel quasi exclusivement composé par des hommes. Des voix et des histoires commencent à raisonner et les consciences commencent à évoluer, éclairage avec Chrystel Ongenda, une de ces figures qui ouvre la voie du progrès et d'une transition nécessaire !
"M'aider du basket pour vivre le maximum d'expériences."
Après près de 10 ans, dans le coaching, Chrystel Ongenda va enfin entrainer et manager un groupe féminin, une occasion qui ne s'était jamais présentée en 10 ans de carrière.
Vous êtes née en France, on connaît vos attaches avec le Congo, est-ce que ce paramètre a joué un rôle dans votre choix final ?
J'ai une attache particulière. C'est le pays d'origine de mes parents et de moi-même. J'ai mes deux parents qui sont Congolais. La famille, c'est très important pou moi donc c'était un clin d'oeil. J'ai eu cette opportunité, je ne pouvais pas ne pas participer à ce projet. Cette expérience va me faire grandir, je fais tout pour bien m'entourer, dans ce projet.
Connaissez-vous déjà bien l'équipe, ce projet n'est pas forcément évident pour vous au départ, puisqu'avec votre mission à Orchies (NM1) vous êtes davantage concentrée sur le basket masculin ?
Exactement. J'espère pouvoir m'aider du basket pour vivre le maximum d'expériences. C'est une première expérience sur la catégorie féminin qui s'annonce. Beaucoup disent que ce n'est pas la même chose. J'aurais peut-être moins de mal à m'adapter, car j'ai cette expérience d'avoir été joueuse et d'être une femme.
Ancienne joueuse professionnelle, Ongenda raccroche les baskets. L'occasion se présente alors de devenir entraineure. L'assistante-coach du BC Orchies commence aux JSA Bordeaux. C'est en Gironde que Chrystel Ongenda poursuit sa carrière et passe ses premiers diplômes d'entraineur. Sous la présidence de Jean Luc Dubos, lors de sa troisième saison, elle est sacrée championne de France avec les U15 Elite Masculins (NDLR la génération d'Anthony Wassom).
"Les JSA Bordeaux sont un club masculin. Quand vous commencez quelque chose, vous poursuivez."
L'ancienne coach des Espoirs de Gries poursuit : " Pour moi ça reste du basket, au point de vue du caractère de la façon d'être, un homme et une femme, c'est différent. Mais nous avons les mêmes objectifs sportifs, ça reste du sport, nous possédons le même langage, on ne fera rien de différent.
La RDC Congo "On commence tout à 0, sur une page blanche !"
Le premier objectif que se fixe la nouvelle entraîneure de la RDC Congo est de qualifier l'équipe pour le prochain AfroBasket à l'été 2027. "Ce n'est pas anodin, c'est sur la terre d'une équipe qui est sur le toit de l'Afrique, à Lagos, au Nigéria."
"De notre côté, on est dans l'ère de la renaissance. Le but pour nous, c'est de construire une équipe, un projet. On va essayer de construire ce projet avec des athlètes qui ont cette volonté de représenter leur pays, de partager des valeurs, une identité et des objectifs communs, et essayer marcher pur les pas de nos aïeux. Le parcours qu'elles ont réalisé est assez respectable. Je vois les choses de bon augure. On a de la qualité, une ancienne draftée WNBA, une qui a fait l'Euroligue, des joueuses sur le continent Africain et des joueuses dans des grandes universités américaines.
"Une équipe ce n'est pas que des filles que l'on met sur le parquet".
Entre sa nomination et notre échange, Chrystel Ongenda a pu d'ailleurs s'entretenir avec une trentaine d'athlètes. "Nous n'avons pas été présentes sur le dernier AfroBasket (NDLR : en 2025), on n'était pas prêtes, on avait bénéficié d'une Wild Card* (NDLR : invitation).
L'objectif est de ne pas précipiter les choses. L'ancienne extérieure est déjà très investie et envisage cette nouvelle aventure sur le long terme. "Il faut que cette équipe devienne un vrai levier de performance, on a cette volonté-là," ajoute-t-elle.

"J'ai trois grands sujets pour moi sur cette année 2026"
En quoi consiste, le travail de coach-adjoint. Dans la division, de nombreuses missions reviennent telles que le scouting des équipes, des travaux spécifiques mis en place sur du pré-collectif, le suivi des joueurs sur du travail individuel. Chrystel Ongenda consacre ainsi, comme ses 26 autres collègues masculins et sa consœur, Jade Sage (Lyon SO), beaucoup de temps.
La débauche d'énergie est importante. La jeune coach ne s'arrête pas à son expérience avec le BCO. Cette année 2026, elle entend valider aussi son DES (Diplôme d'Etat Supérieur), avec la FFBB. Un titre permettant d'encadrer et d'obtenir les plus hauts postes dans le monde du basket français. La native de la région parisienne poursuit, "J'ai trois grands sujets pour moi sur cette année 2026."
Une phase 1 bientôt bouclée, avec de la fierté
"Pour moi, c'est très clair sur la manière dont j'organise mon année." La jeune femme délègue énormément les tâches : "j'ai une équipe qui travaille avec moi sur la sélection. Je les remercie, car ça m'aide beaucoup. Le président de la Fédération est aussi impliqué. J'ai la volonté de réussir tous mes sujets : réussir mon diplôme, remplir les objectifs de montée avec Orchies, qualifier l'équipe de la RDC pour l'Afro Basket 2027". L'année 2026 se résume donc à une grande année pour Chrystel Ongenda.
"Ce n'est pas que le basket, c'est une expérience. Lorsque vous êtes bien entouré et que les gens sont bienveillants, tout est possible."
C. Ongenda
Embarquée à Orchies depuis désormais trois saisons, une aux côtés d'Emmanuel Coudray puis de Philippe Maucourant, la coach aux 12 saisons dans le coaching, espère vivre de grandes aventures en poule haute avec le BCO. Cette dernière voit son quotidien plus comme "un simple métier, mais une aventure humaine avant tout." Pourtant, la Pévèle Aréna n'était pas l'option n°1 lors de l'intersaison 2023. "À Dourges, c'était une belle opportunité pour moi, mais je ne pouvais pas accepter au vu des conditions modifiées au dernier moment. C'était devenu impossible de poursuivre. J'avais pourtant composé toute l'équipe. Il a fallu vite transiter". La nordiste garde un oeil sur leurs résultats et se félicite de leur très bonne saison en NM2.
Le Diplôme d'Etat Supérieur : nous sommes 3 femmes, cette année (Marine Souverain au CDF de l'ESBVA et Antonia Martinez au CDF du HTV), c'est déjà un très bon début.
Le constat revient que l'engagement est possible puisque certaines personnalités arrivent à grappiller les échelons et réussissent. Il reste à déterminer, si la profession attire en 2026 un public féminin ? Planète Basket National vous propose ainsi cet éclairage.
C.O : — Comment oublier Lauriane (rires). Lauriane, c'est la seule coach féminine en NM1. Il y a Jade Sage, assistante à Lyon SO. Puis Elise Prodhomme (Head Coach c'est un autre step, sur le centre de formation à Dijon. Nous ne sommes pas beaucoup".
Prenons l'exemple d'une fille qui a fini sa carrière, elle pourrait ne pas avoir l'ambition de poursuivre, dans un monde où la pression existe. Comment peut-on faire aujourd'hui pour aller susciter des vocations ? "

La transition joueuse-coach est en effet plus visible, dans le milieu masculin. Les cas Céline Dumerc ou encore Elodie Godin rappellent une reconversion vers le management sportif, mais pas entraineur.
C'est le bon moment de faire évoluer les choses. Notre sport est tellement riche... Par exemple, lorsqu'on sort dans la rue tous les jours, on croise des hommes et des femmes. J'ai envie de croire que le basket peut, lui aussi, mieux refléter le monde tel qu'il est.
Ce constat ne s'effectue pas uniquement dans le basket-ball. La balle orange paraît en avance, par rapport à d'autres disciplines sportives collectif, telles que le Handball ou encore le Football ...
Le parcours de Lauriane Dolt, un exemple, une fierté
Elue coach de la saison 2024/2025 avec le Saint-Thomas Basket Le Havre (en Nationale 1) par la FFBB, l'Alsacienne d'origine, Lauriane Dolt est très reconnue et appréciée pour son travail et sa qualité de résilience.
"Quand on voit le parcours de Lauriane. C'est un parcours que je suis depuis plusieurs années. Dès que Lauriane accomplit quelque chose de bien, je suis fière d'elle ! Je ne sais pas comment l'expliquer... Cela montre que rien n'est impossible et qu'il ne faut pas lâcher l'affaire et continuer à travailler. Il n'y aurait pas eu son parcours... ça aurait été difficile de continuer. Avoir un modèle, pour quelqu'un qui veut évoluer dans un domaine c'est important."
Dans le modèle de coaching, Chrystel Ongenda s'identifie et se remémore également un souvenir et une expérience vécue, il y a quelques années....
"Je me souviens à Basket-Landes. Julie Barennes m'avait ouvert la porte de son gymnase. Une expérience mémorable, l'ambiance qu'elle amène par sa personnalité est incroyable."
"On a l'impression que c'est plus dur, car on est moins représentées. Aujourd'hui choisir UNE entraîneure, c'est vraiment faire un choix. Nous allons avoir un rôle à endosser auprès de coachs femmes qui hésitent encore. Ce n'est pas un métier d'hommes, les femmes ont leur place aussi."
"Il faut prendre du temps. Il ne faut pas être impatient. C'est par la force des choses que je suis arrivée à Orchies. J'ai fait la rencontre de Philippe, j'ai beaucoup appris de lui, son côté humain, sa bienveillance et sa passion pour le basket. Le fait qu'un spécialiste avec plus de 30 ans d'expérience voit les choses dans ce sens-là, c'est positif."
"Nous sommes les prochaines premières ... Nous avons une mission à mener envers celles qui hésitent à se lancer dans le coaching."
Rome ne s'est pas faite en un jour écrivait il y a près d'un millénaire Manzoli. Voir des femmes dans le haut niveau de coaching arrive, et leur nombre augmente, il faudra du temps pour arriver à une normalisation. Si l'envie et la motivation sont la clé de la réussite, Chrystel Ongenda en est l'un des principaux portraits comme Julie Barennes, Aurélie Bonnan (head coach à l'UFAB en LFB), Lauriane Dolt, Elise Prodhomme (coach U18 M Equipe de France, responsable du CDF de la JDA Dijon), Marine Souverain, Antonia Martinez, Jade Sage, Myriam Martin (assistante à Chartres, LFB), Corinne Benintendi (à Montbrison, LF2), Elise Poisson (Assistante-LF2, STB Le Havre), et tant d'autres.
Crédit : DR (Chrystel Ongenda)
Gauthier Carboni
